Les données MonMaster de l’Institut polytechnique de Paris publiées par erreur

Seulement quelques jours après l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Institut polytechnique de Paris vient d’annoncer aux étudiants qui ont candidaté à ses formations sur la plateforme MonMaster en 2024 qu’un certain nombre de leurs informations personnelles sont désormais dans la nature.

Contrairement à l’incident ayant affecté Paris 1, il semble ressortir de la communication de Polytechnique que cet incident a été causé par une simple erreur technique, et non par les actions d’un acteur malintentionné. Voici une copie de l’email envoyé aux candidats concernés le mardi 15 octobre 2024 :

Madame, Monsieur,

En vertu des obligations issues du règlement (UE) 2016/679 (« Règlement général sur la protection des données »), notamment ses articles 33 et 34, l’Institut polytechnique de Paris (« IP Paris ») et sa Graduate School vous informent avoir rencontré un incident lors du traitement des données personnelles des personnes ayant soumis une candidature aux Masters d’IP Paris pour la rentrée 2024-2025 via la plateforme nationale dématérialisée MonMaster.

Cet événement s’est traduit par la publication non volontaire d’informations personnelles concernant un nombre important de candidats, notamment des données d’identité (nom, prénoms, date et lieu de naissance, numéro INE), des coordonnées numériques et téléphoniques (e-mail, numéros de téléphone) ainsi que des données professionnelles (parcours académique et CV).

Les données issues des comptes numériques pour la connexion à l’interface MonMaster ne sont pas concernées.

Cet incident a été déclaré à la CNIL. Les mesures afin d’atténuer les risques pour votre vie privée ont été prises, en particulier la suppression du dysfonctionnement à l’origine de l’incident.

Ironie du sort, l’envoi de cet email aux candidats concernés a été effectuée sur une liste de diffusion mal configurée, ce qui a engendré de la confusion chez nombre de destinataires. L’IP Paris ne semble pas au bout de ses déboires informatiques…

Élitisme à l’université Panthéon-Sorbonne : Jérôme Glachant démissionne avec fracas

Coup de tonnerre ce mardi 15 octobre 2024 à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Plusieurs mois après l’abandon de la « réforme Glachant », qui aurait considérablement durci les conditions d’étude pour les étudiants, Jérôme Glachant, vice-président de la Commission de la Formation et de la Vie universitaire (CFVU), a démissionné avec fracas à l’occasion de la première réunion de l’année de cette commission.

Voici l’email envoyé dans la foulée à la communauté étudiante par les élus du SAP1, syndicat étudiant marqué à gauche :

URGENT : GLACHANT, vice-président, architecte de la réforme Glachant, vient d’annoncer en pleine séance sa démission à la surprise générale de la CFVU, les élu-es du SAP1 vous racontent.

Jérôme Glachant, soldat téméraire de première heure de la politique de sélection et élitiste que mène l’équipe présidentielle de notre université depuis 2020 avec à sa tête Christine Neau-Leduc, fait le choix de démissionner en plein conseil, mis en minorité.

Depuis 4 ans, la majorité présidentielle n’avait que rarement été placée en minorité. Depuis la victoire écrasante du SAP1 et de la mobilisation étudiante contre la “Réforme Glachant” l’année dernière, et le début “officiel” de la campagne des enseignant-es à la présidence de l’université, l’équipe présidentielle sortante se déchire. Retour sur une CFVU animée !

Qui est Jérôme Glachant ?

Architecte de la réforme qui porte son nom, s’inspirant de l’Université de Saclay, il avait l’an dernier tenté de faire passer une réforme attaquant tous les droits élémentaires des étudiant-es. L’objectif était clair : supprimer le droit aux absences, le droit à la compensation et le droit aux rattrapages et les garanties du régime des AJAC.

Que s’est-il passé aujourd’hui ?

Aujourd’hui, avait lieu la première CFVU de l’année. Lors de celle-ci, nous avons abordé différents points, il était notamment question de voter l’adoption des règlements des études de nombreux Master.

Dans ces règlements bon nombre de Master expliquaient leur volonté d’instaurer une note plancher. En clair, empêcher aux étudiant-es ayant moins de 10 dans une matière de valider l’année, cela dans le plus grand mépris du principe de compensation adopté l’an dernier. En effet avec la compensation, une note inférieure à 10 peut-être compensée par une note supérieure d’une autre matière de l’UE. La note plancher interdit de faire la moyenne de ces notes.

Après 2h de longs et houleux débats, un premier vote a eu lieu, celui-ci s’est exprimé à 15 contre et 13 pour, mettant en minorité l’équipe présidentielle dont Glachant et Neau Leduc, présidente de Paris 1.

Horrifié par ce résultat, le VP CFVU a tenté tous les moyens pour que les autres votes lui soient favorables.

Il a ensuite été mis au vote un principe d’interdiction de ces notes plancher.

Sa stratégie ne marchant pas, il choisit de tenter le tout pour le tout : “si ce vote n’est pas adopté, je démissionnerai directement de mon mandat”.

Le vote n’a pas été adopté avec 16 contre et 14 pour.

Suite à ce vote, M.Glachant, vice-président CFVU, a de suite commencé à ranger ses affaires et a annoncé sa démission immédiate, en pleine CFVU.

Au-delà de la démission bienvenue de M.Glachant, il est important de noter que ce vote contre les notes paliers est une véritable victoire pour les droits étudiant-es en Master,

Grâce à une mobilisation en CFVU, les masters qui avaient envisagé de mettre en place des notes paliers devront revoir leur stratégies et se conformer aux recommandations de la CFVU !

Un contexte particulier

Dans un mois auront lieu les élections à la présidence de l’université, l’équipe présidentielle actuelle se déchire comme elle le fait depuis des mois, le VP CFVU, un des postes les plus importants de Paris 1 a démissionné sans prévenir en pleine séance. Le nombre d’élu.es étudiant.es combatifs et combatives du SAP 1 dans ce conseil est donc déterminant pour la préservation des droits étudiants.

Cette situation est absolument historique et cela montre la réelle avancée de notre combat pour un autre modèle d’université : gratuité, publique, ouverte à toutes et tous !

Le SAP1 omet toutefois de signaler que les syndicats étudiants s’inscrivent également dans une démarche électorale, alors que les élections des représentants des usagers aux conseils centraux de l’université se tiendront du mardi 19 novembre 2024 au jeudi 21 novembre 2024…

L’université Panthéon-Sorbonne annonce avoir subi une attaque informatique

Dans un courriel envoyé aux étudiants et personnels de l’université le jeudi 10 octobre 2024, les services informatiques de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne annoncent que l’annuaire informatique de l’université a subi une extraction de données non autorisée la veille au soir.

La Direction des Systèmes d’Information et des Usages du Numérique (DSIUN) de l’université explique que les pirates ont obtenu un accès non autorisé au compte d’un membre de l’université et ont utilisé cet accès pour télécharger en masse les informations suivantes :

  • Les noms et prénoms de personnels et étudiants ;
  • Leurs adresses électroniques universitaires ;
  • Leurs photos (si le consentement avait été donné par l’utilisateur) ;
  • Leur statut au sein de l’établissement (étudiant, enseignant…) ;
  • Pour les étudiants, la formation suivie ;
  • Pour les personnels, les données professionnelles telles que la fonction, la structure de rattachement et son adresse et leur numéro de téléphone professionnel.

Même si cet annuaire est semi-public (accessible à tous les étudiants et personnels de l’université, une fois connectés à l’ENT), l’ampleur des données personnelles subtilisées est donc importante.

La DSIUN conclut son email en annonçant le dépôt d’une notification auprès de la CNIL (comme l’en oblige la loi) ainsi qu’en rappelant l’importance de lutter contre le hameçonnage.

Voici l’intégralité de l’email envoyé à la communauté étudiante :

Madame, Monsieur,

Un incident de sécurité a été détecté hier soir qui a donné lieu à une extraction de données non confidentielles à partir de l’annuaire public de l’université. Cette extraction s’est appuyée sur un compte utilisateur usurpé préalablement. Les données concernées incluent les noms et prénoms de personnels et étudiants, leurs adresses électroniques universitaires, leurs photos (si le consentement avait été donné par l’utilisateur), ainsi que leur statut au sein de l’établissement (étudiant, enseignant…). Pour les étudiants, la formation suivie a également été extraite et, pour les personnels, les données professionnelles telles que la fonction, la structure de rattachement et son adresse et le ou les numéros de téléphone figurant sur les fiches des agents. Les comptes ayant activé l’option « Figurer sur la liste rouge », qui limite la visibilité des données uniquement aux personnels de l’université, ne sont pas affectés par cet incident.

Les mesures appropriées ont été immédiatement prises et l’intrusion bloquée. Nous restons cependant très vigilants et continuons à surveiller attentivement l’évolution de la situation. L’université déposera une plainte afin de permettre aux autorités compétentes d’identifier l’auteur de cette intrusion. Par ailleurs, une notification de violation de données sera effectuée auprès de la CNIL conformément aux obligations légales.

Cet incident est l’occasion de souligner à nouveau l’importance d’une vigilance accrue de toutes et tous aux courriels reçus et plus largement à toutes les menaces en matière informatique. Nous observons en effet actuellement une recrudescence des tentatives d’hameçonnage (phishing) visant à subtiliser les identifiants des personnels et étudiants de l’université.

A cet égard, nous vous rappelons de ne surtout renseigner vos identifiants et mots de passe que lorsque vous êtes absolument certains du contexte de la demande et de bien veiller à ne pas utiliser votre adresse électronique universitaire, ni votre mot de passe sur des sites externes à l’ENT Paris 1 ou pour d’autres usages.

Bien que ces règles de sécurité apparaissent évidentes, chaque mois, une dizaine de comptes de l’université est compromise et utilisée à des fins de fraude ou d’intrusion, comme cela a été le cas dans l’incident présent qui aurait pu être plus grave. La sécurité est l’affaire de toutes et tous, et comme vous pouvez le constater, certaines imprudences peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble de la communauté universitaire. Pour mieux nous protéger, l’université déploie aussi progressivement de nouveaux dispositifs de sécurisation tels que l’authentification multi-facteurs qui, à l’instar de la protection du webmail récemment mise en place pour les étudiants, permettra de sécuriser chaque compte en cas de vol de mot de passe.

Nous remercions chacune et chacun d’entre vous pour votre attention et votre vigilance accrue.

La DSIUN

Les vestiges d’une fête

Une affiche "Paris 2024" accrochée sur l'Hôtel de Ville de Paris.

Il y a quelque chose d’à la fois beau et un peu douloureux à voir les vestiges des Jeux Olympiques de 2024 dans Paris, et notamment la signalétique dans les rues, les gares, les métros… Ces affiches roses, marques d’un passé très récent, rappellent à la fois l’effervescence qui a animé la capitale durant ces quelques semaines et la vitesse à laquelle le temps file.

Quelques semaines après la clôture des Jeux, les transports en commun sont à nouveau dysfonctionnels et les parisiens sont redevenus aigris. Les couleurs vives des affiches abandonnées par les organisateurs semblent déjà désuètes.

Ces vestiges s’estomperont progressivement avec le temps. D’omniprésents, ils deviendront de plus en plus rares, mais sans jamais pour autant s’effacer complètement, comme pour rappeler que, même si la vie continue, l’histoire de Paris s’enrichit de ces moments gravés dans la mémoire collective.

Et je trouve ça beau.

« La bureaucratie d’aller à la plage »

Je me sens obligé de partager (et de traduire maladroitement) cet excellent article publié par Matt Webb sur son blog Interconnected :

« Je suis sur une plage au bord d’un lac dans le nord de l’Italie et je prends conscience de l’effort que représente « être sur la plage ».

L’emballage, bien sûr. Identifier l’équipement nécessaire en termes de vêtements, de chaussures de plage, de coupe-vent, de jeux pour la plage, de jeux pour l’eau, de crème solaire, de serviettes, de glacière, etc. […]

Transbordement depuis la voiture. Identifier un endroit où s’asseoir, s’installer avec des serviettes, sortir les choses des sacs, s’habiller, mettre de la crème solaire, remettre différentes choses dans les sacs, gonfler les structures gonflables.

Quand allons-nous déjeuner ? Quelqu’un veut-il boire quelque chose ? Quelqu’un devra s’occuper des sacs. Ou devons-nous prendre les sacs ? Déplacer périodiquement les serviettes pour rester au (a) soleil ou (b) à l’ombre (rayer la mention inutile).

Finalement, aller dans l’eau. Ça fait beaucoup de choses à faire.

Je connais des gens qui ont l’habitude d’aller à la plage et d’y rester, et l’on pourrait imaginer que cela se traduise par l’établissement rapide et en douceur d’un camp et la sécurisation des lignes de ravitaillement, mais il s’avère que la complexité ne fait qu’augmenter, et qu’il y a plus de marchandises et plus d’architecture de plage, de sorte qu’un petit plongeon au milieu de la journée est suivi de grands exploits logistiques pour le déballage, puis de la même chose en sens inverse. […]

Pendant que je me débat entre l’application du SPF-50 et le rangement de mes affaires pour éviter de remplir ma chemise de sable ou de mettre des cailloux dans mes chaussures, que je tourne les serviettes encore et encore pour les disposer de manière à obtenir un accès optimal (a) au soleil ou (b) à l’ombre (supprimer comme précédemment), que je prends un livre puis que je suis détourné par le besoin de prendre quelque chose dans un sac, que je suis détourné parce que quelqu’un a besoin d’une serviette, une pile profonde de diversions imbriquées les unes dans les autres, toutes ces diversions se succèdent, une pile de diversions imbriquées, toutes incomplètes, oh maintenant il est temps de déplacer les serviettes à nouveau/d’appliquer de la crème solaire/et ainsi de suite, et tout ce que je veux vraiment c’est une glace, toute cette performance baroque que je considère comme une corvée chronophage interférant avec mon temps à la plage, eux la considèrent comme l’intérêt même d’être ici. »

Voici à nouveau le lien vers le post complet (en anglais).

Relativiser l’exposition au plomb

Il y a une chose qui me terrifie de manière probablement irrationnelle : l’exposition au plomb. Je pense que cette peur est née après avoir regardé des documentaires sur la crise sanitaire de Flint aux États-Unis. Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez effrayant de se dire qu’il est possible de voir en quelques mois sa vie détruite par un contaminant invisible présent dans son eau potable.

Ce métal utilisé depuis des siècles est un polluant toxique pour l’ensemble de la population et est encore très répandu dans l’environnement. Son utilisation a diminué et a été réglementée à partir du 20ème siècle en raison de sa toxicité, mais la contamination reste possible par l’air, l’eau, les sols, la peinture…

Le bilan est extrêmement lourd : une étude publiée en 2023 par la Banque mondiale estime le coût de l’exposition au plomb à 5 millions de morts par an et 6 000 milliards de dollars pour la seule année 2019, soit 7 % du PIB mondial. Ce coût extrêmement élevé s’explique notamment par la lourde perte de quotient intellectuel chez les jeunes enfants exposés, qui entraîne ensuite l’ensemble de la société vers le bas (de très nombreuses études ont par exemple été menées sur la corrélation entre exposition au plomb et criminalité).

Il n’y a donc pas de quoi se réjouir, mais je tenais à rappeler tout de même que nous sommes sur le bon chemin : dans les pays développés, l’exposition au plomb a chuté dramatiquement depuis le milieu du 20ème siècle.
Voici par exemple un graphique pour les États-Unis :

Crédit : Our World in Data.

En France, le rapport du programme national de biosurveillance Esteban, mené de 2014 à 2016, souligne que « depuis l’interdiction [du carburant plombé] en France métropolitaine, le 2 janvier 2000, une baisse de 97 % des émissions de plomb dans l’air a été observée entre 1990 et 2016 » et que, « au niveau européen, une diminution de 85 % de la concentration en plomb dans l’air a été observée au cours des deux dernières décennies ».

« L’étude Esteban a montré une diminution de l’imprégnation par le plomb des enfants et des adultes en population générale […] Les niveaux de plombémie mesurés dans le sang total veineux s’inscrivaient ainsi dans la tendance à la baisse de l’imprégnation saturnine, constatée en France et en Europe depuis les années 1990, suite notamment à l’interdiction de l’essence plombée, la diminution des concentrations en plomb des aliments, le traitement des eaux de distribution publique pour limiter sa teneur en plomb, le remplacement des canalisations et branchement en plomb et la réhabilitation de l’habitat ancien ».

La surveillance de la plombémie reste un enjeu de santé publique, notamment dans les pays à bas et moyens revenus, mais je tenais à partager ces progrès très encourageants.

Il est urgent de dépasser la haine de la climatisation

Les pays d’Europe de l’Ouest font figure d’exception parmi les pays développés en ayant un taux d’adoption très faible de la climatisation : seuls 3% des foyers allemands et anglais et 5% des foyers français en avaient une en 2018, d’après l’Agence internationale de l’énergie. À l’inverse, ce taux est de 90% aux États-Unis et au Japon, de 60% en Espagne et de 39% en Italie.

Au-delà de cette adoption très faible, je constate régulièrement que s’équiper d’une climatisation est socialement mal vu par une majorité de Français : ce geste est vu comme égoïste, voire climaticide. C’est ainsi que l’institut de sondages Opinion Way relevait en 2021 que 75% des personnes interrogées indiquent ne pas souhaiter se munir d’un climatiseur, et ce malgré la hausse des températures.

En effet, tout le monde sait aujourd’hui (n’en déplaise à Nicolas Sarkozy) que les vagues de chaleur s’intensifient – et continueront à s’intensifier de manière exponentielle – dans le monde en raison du dérèglement climatique d’origine humaine.

Les conséquences sont importantes. Sur le plan sanitaire d’abord : sur l’été 2023, Santé Publique France a relevé 1 500 décès attribuables à la chaleur (ce chiffre étant probablement sous-évalué). Sur le plan économique ensuite : les épisodes caniculaires font chuter dramatiquement la productivité des travailleurs, tous secteurs confondus. Sur le plan de la qualité de vie, enfin : quel dommage de continuer à subir un tel inconfort 120 ans après l’invention d’une technologie aussi révolutionnaire !

Cette mauvaise réputation de la climatisation est-elle justifiée ? Si les climatiseurs mobiles, qui sont peu coûteux et se vendent comme des petits pains tous les étés, ont une efficacité énergétique très faible, ça n’est pas le cas des pompes à chaleur air-air (aussi appelées « clim réversibles »), qui sont extrêmement efficaces.

De plus, il ne faut pas oublier que l’électricité française est quasi totalement décarbonée. Installer une pompe à chaleur et l’utiliser toute l’année, même si on la faisait tourner à 18°C tout l’été, est donc infiniment meilleur pour l’environnement qu’utiliser 4 mois par an un simple chauffage au gaz.

Qu’est-ce que l’Europe attend ? Elle n’a pas le choix : il devient urgent d’équiper en masse sa population en pompes à chaleur pour se préparer aux prochaines décennies.

La vérification d’identité n’a pas à être une mauvaise expérience

De nombreux sites et plateformes ont besoin d’effectuer une vérification de l’identité de leurs utilisateurs, que ça soit pour ouvrir un compte bancaire, un portefeuille de cryptomonnaies ou un compte sur une application de trottinettes électriques. C’est un processus délicat, qui doit trouver un juste équilibre entre efficacité et protection des données personnelles.

Le problème, c’est que je vois de plus en plus de sites internet et d’applications adopter des technologies de vérification externes, qui proposent une vérification en temps réel et plus ou moins automatisées (pensez IDnow ou CheckedID).

L’expérience utilisateur est souvent mauvaise. Sur le papier, c’est super efficace1, mais dans la pratique :

  • Ces logiciels tendent à être particulièrement capricieux lorsque l’utilisateur n’est pas dans des conditions parfaites (reflets sur la pièce d’identité, mauvaise connexion internet…) ;
  • Une grande partie des utilisateurs utilisent des téléphones d’entrée de gamme, dont les caméras ont beaucoup de mal à obtenir une capture nette de la pièce d’identité ;
  • L’ajout de ces interfaces et API externes rajoute beaucoup de complexité et de poids à votre application mobile2, ce qui affectera de manière disproportionnée ces utilisateurs les moins bien dotés.

De plus, en pratique, dès que vous dépassez les quelques vérifications par jour, vous ne ferez pas d’économies en utilisant ces services, dont les prix sont indécents, par rapport à votre propre équipe dédiée.

Ce qu’il faut offrir aux utilisateurs, c’est de la flexibilité. Un exemple de plateforme qui gère très bien la vérification de documents selon moi est HelloAsso. À première vue, ils n’utilisent qu’un bête formulaire sur leur site, mais :

  • L’utilisateur a la liberté d’utiliser l’appareil et le format (.jpg, .pdf…) de son choix.
  • L’utilisateur peut commencer à ajouter ses documents, puis terminer demain, sans perdre sa progression.
  • Si l’un des documents n’est pas valide, les documents déjà déposés et validés le restent3.
  • Pour chaque document à envoyer, la plateforme fournit des consignes claires et des exemples.
  • En cas de problème, une assistance réactive par email est joignable sans avoir à fouiller pendant des heures dans les pages d’assistance ni à interagir avec un chatbot débile.

Donnez de la flexibilité à vos utilisateurs. S’il le faut, demandez-leur d’envoyer leurs documents par email. Si possible, proposez-leur également une vérification d’identité en personne4. Mais, par pitié, économisez leur temps et évitez ces solutions externalisées désastreuses.

  1. IDnow promet une vérification d’identité en 12 secondes ! ↩︎
  2. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des applications bancaires qui font 300 Mo et qui insistent pour avoir l’autorisation d’accéder à la caméra… ↩︎
  3. Ça paraît bête, mais de nombreuses plateformes demandent de renvoyer tous les documents si un seul d’entre eux n’est pas validé. ↩︎
  4. L’Identité numérique La Poste propose ce service en bureau de poste, ce que je trouve assez intelligent. ↩︎

Les ragots sont essentiels

Je me sens obligé de partager ce merveilleux passage de la newsletter de l’écrivain Robin Sloan, que je me suis permis de traduire depuis l’anglais :

Le mot « ragots » est sous-utilisé.

La plupart des nouvelles sont des ragots ; je le dis avec une totale admiration. Les ragots sont utiles ! Pratiques ! Beaucoup d’entre eux sont vrais ou en passe de le devenir.

Que sont les hauts fonctionnaires anonymes cités dans les journaux, sinon des ragots ? Encore une fois, cela donne l’impression que j’essaie de rabaisser ces fonctionnaires, mais c’est tout le contraire : j’essaie d’élever le niveau des ragots.

Il en va de même pour les services de renseignement : présentez-les comme il se doit, c’est-à-dire comme des réunions d’information sur les ragots collectés.

Dans les systèmes informatiques distribués, il existe ce qu’on appelle un protocole de bavadarge [gossip protocol en anglais]. Les programmeurs ont compris la valeur des ragots !

La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire « c’est une telle commère », comprenez plutôt « c’est un excellent collecteur d’informations sociales ».

Source : Fresh from Ganymede! (robinsloan.com)

La merdification de BeReal est en marche

Ça me fait mal de l’admettre, mais il faut se rendre à l’évidence : la merdification de BeReal est en marche, et elle avance vite.

Pour rappel, Wikipédia définit la merdification, ou emmerdification (en anglais, enshittification) comme la « dégradation de qualité qui affecte progressivement les plateformes numériques qui opèrent sur un marché biface, par exemple celles qui mobilisent à la fois des utilisateurs et des annonceurs ».

Depuis que la hype de l’été 2022 est retombée, la startup française a toujours eu du mal à trouver de nouvelles manières de faire revenir les utilisateurs sur son application. Cependant, je trouvais que les nouveautés ajoutées, et notamment les Bonus BeReal permettant à ceux ayant posté à l’heure d’avoir 2 BeReal supplémentaires dans la journée, étaient de bon goût et amélioreraient l’expérience utilisateur.

Tout a basculé le mois dernier, quand l’entreprise française Voodoo, spécialisée dans les jeux mobiles de mauvais goût, a annoncé l’acquisition de BeReal pour un montant de 500 millions d’euros.

BeReal vaut-elle 500 millions d’euros ? Probablement pas, mais peu importe : maintenant, Voodoo doit trouver un moyen de rentabiliser cet investissement. Et ils semblent déterminés à le faire comme ils l’ont fait avec tous leurs jeux mobiles : en détruisant l’expérience utilisateur1.

1ère étape : ajouter des publicités. Les publicités ne sont pas forcément rédhibitoires : elles n’ont jamais empêché personne d’utiliser Snapchat ou Instagram. Voodoo a d’ailleurs choisi le même format que cette dernière, avec une publicité tous les trois posts2.

En revanche, Voodoo a cherché à s’assurer que ces publicités soient vues par les utilisateurs, en implémentant deux changements qui ont, selon moi, considérablement dégradé l’expérience utilisateur :

  1. Il était auparavant possible de glisser vers le bas sur l’écran d’accueil de l’application pour afficher une grille de tous les BeReal postés par ses amis. Cela permettait de voir tous les BeReal sans scroller pendant des heures et de « sauter » directement aux BeReal qui nous intéressaient.
    Malheureusement, cette fonctionnalité a récemment été retirée. Désormais, plus le choix : pour voir les BeReal postés à l’heure, il faut scroller jusque tout en bas (et voir plein de publicités au passage).
  2. Depuis l’introduction des Bonus BeReal, les différents BeReal postés par un même ami la même journée étaient réunis sur une même case.
    Depuis une mise à jour récente, les différents BeReal d’une même personne sont répartis aux quatre coins du fil, ce qui nous oblige à scroller.
    Il faut de plus combiner cette dégradation avec le fait que Voodoo a augmenté le nombre de BeReal possibles dans une même journée à 6 (!!!).

Enfin, la cerise sur le gâteau : la régie publicitaire de Voodoo s’est surpassée pour proposer aux utilisateurs les pires publicités que l’internet a à proposer. Voici un exemple qui a immédiatement fait perdre à mes yeux toute crédibilité à l’application :

Je reste conquis par le concept de BeReal, mais son exécution n’est plus à la hauteur de mes attentes. Au vu de la vitesse à laquelle les nouveaux propriétaires dégradent le service, ses fans ont de quoi s’inquiéter. Quel dommage !

  1. Voodoo préfère parler « d’amener BeReal plus loin en termes de monétisation et de produit ». Quelle avancée ! ↩︎
  2. J’en profite pour partager un conseil (qui pourrait bientôt être obsolète) : il reste possible d’éviter les publicités en appuyant sur « Refuser » lorsque la popup Permets à BeReal de suivre ton activité apparaît. ↩︎