Ubuntu 26.10 « Stonking Stingray » sortira le 15 octobre 2026

La prochaine version majeure de la distribution Linux développée par Canonical, Ubuntu 26.10, a été baptisée « Stonking Stingray » et son calendrier de lancement prévoit désormais une date de sortie définitive fixée au 15 octobre 2026.

Ubuntu choisit traditionnellement des noms de code amusants et allitératifs (c’est-à-dire deux mots commençant par la même lettre), sur le modèle d’un adjectif + un nom d’animal. Stonking est un mot d’argot britannique très courant au Royaume-Uni, qui signifie « formidable » ou « impressionnant », tandis que Stingray est simplement le nom anglais de la raie. Il s’agit donc d’Ubuntu 26.10 « Raie Formidable » !

Le site spécialisé 9to5Linux indique qu’Ubuntu 26.10 sera la 45e version d’Ubuntu de Canonical. Il s’agit d’une version intermédiaire qui ne bénéficiera de mises à jour logicielles et de sécurité que pendant neuf mois, jusqu’en juin 2027, et qui s’adresse aux utilisateurs d’Ubuntu prêts à troquer la stabilité d’Ubuntu LTS contre les dernières technologies.

Le cycle de développement de six mois d’Ubuntu 26.10 débutera le 30 avril 2026, date à laquelle la chaîne d’outils devrait être mise en ligne, sur la base de la prochaine version Ubuntu 26.04 LTS (Resolute Racoon), dont la sortie est prévue le 23 avril. La version bêta de Stonking Stingray sera disponible pour des tests publics le 24 septembre 2026, tandis que la version finale sortira le 15 octobre 2026.

Éclipse solaire vue de la face cachée de la Lune

Wow ! Juste, wow. C’est peut-être la plus belle photo de l’espace que je n’ai jamais vue.

Prise par l’équipage d’Artemis II lors de son survol de la Lune le 6 avril 2026, cette image montre la Lune masquant entièrement le Soleil. Du point de vue de l’équipage, la Lune semble suffisamment grande pour occulter complètement le Soleil, offrant ainsi près de 54 minutes de phase de totalité et une vue s’étendant bien au-delà de ce qu’il est possible d’observer depuis la Terre.

Je recommande fortement la consultation du compte Flickr officiel de la NASA, où sont publiées les photos prises pendant la mission Artemis II.

La police entre à Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour la première fois depuis 2018

Dans un email envoyé à l’ensemble de la communauté de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne le jeudi 11 décembre 2025 au soir, la présidente de l’université affirme :

Ce soir, je m’adresse à vous solennellement.

Pour la première fois, j’ai été obligée de demander l’intervention des forces de l’ordre.

Étudiants cagoulés, propos injurieux et menaces physiques à l’adresse des personnels, personnels de sécurité piétinés et frappés, vitres brisées et autres dégradations : c’est face à une situation en train de dégénérer gravement et face aux risques importants pour les 200 personnes présentes environ, y compris les étudiants les plus violents, que j’ai dû me résoudre à recourir aux forces de l’ordre.
Fort heureusement, à leur arrivée à l’extérieur, la situation s’est rapidement apaisée dans les locaux et leur intervention n’a pas été nécessaire. Seuls quelques policiers sont entrés dans l’université afin d’évaluer la situation et faire les constatations d’usage pour les plaintes qui seront déposées. Il n’y a pas eu d’interpellations.

Aucune mobilisation, aucun désaccord n’autorise le recours à la violence. L’université doit rester le sanctuaire d’un débat éclairé et apaisé.

Tout est mis en œuvre pour identifier et sanctionner les auteurs de ces faits d’une particulière gravité. Quant aux organisations (CGT, SUD éducation, Le Poing Levé et SAP1) qui, sous couvert de mobilisation, ont diffusé de fausses informations, ont contribué à empêcher la tenue d’une instance démocratique, le conseil d’administration, et n’ont rien fait pour empêcher ces violences, voire les ont même encouragées, leur stratégie du chaos est à présent manifestement assumée. Elles vont même jusqu’à regretter l’intervention des forces de l’ordre alors que des personnes ont été blessées.

Une ligne rouge a été franchie. Toutes les conséquences en seront tirées tant sur le plan disciplinaire que pénal. Sachez que pour ma part et toute l’équipe, nous ne nous trompons pas de combat : l’avenir de Paris 1 passe par la cohésion de sa communauté. Tous ceux qui jouent sa fracture desservent notre université.

Christine Neau-Leduc
Présidente de l’université

Ces évènements s’insèrent dans le contexte du vote sur la fin de l’exonération d’une majeure partie des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires dans le budget 2026 de l’université.

Les étudiants de l’université sont désormais bien habitués aux messages de la présidente très critiques vis-à-vis des débordements, récurrents pendant les mobilisations étudiantes, tout comme aux emails virulents du SAP1 (syndicat classé à l’extrême-gauche).

Il semble également qu’une nouvelle étape ait été franchie, puisqu’il est très rare que l’exécutif de l’université attaque des organisations syndicales frontalement. La Fédé Paris 1, organisation se présentant comme apolitique et s’étant classée 2ème aux dernières élections universitaires, n’a pas encore réagi à l’heure de publication de cet article. Elle s’est toutefois opposée publiquement à la mesure contestée.

Chacun ne pourra que déplorer l’entrée de policiers dans cette belle université pour la première fois depuis l’évacuation de Tolbiac en 2018 et appeler de ses vœux un retour à un climat universitaire apaisé.

Affaire archive.today : une association française accusée d’abus de droit

Dans un billet de blog publié le 13 novembre 2025, le service de blocage de publicités et de protection de la vie privée AdGuard dénonce les agissements de la Web Abuse Association Defense (WAAD), une association loi 1901 établie en France.

Le service basé à Chypre affirme que :

Il y a quelques semaines, nous avons été contactés par un représentant de l’association Web Abuse Defense, un groupe français qui se dit engagé dans la lutte contre la pédopornographie. Leur site web est webabusedefense.com.

Ils ont exigé que nous bloquions le domaine archive.today (et ses miroirs) dans AdGuard DNS, prétendant que l’administrateur du site refusait de supprimer du contenu illégal depuis 2023. Précisons qu’Archive.today permet aux utilisateurs de prendre des « captures d’écran » de n’importe quelle page web, y compris celles contenant du contenu potentiellement illégal. Dans ce cas, il incombe à l’administrateur du site de répondre aux signalements et de supprimer rapidement ce contenu.

Cela nous a paru étrange : nous ne sommes pas un fournisseur d’hébergement, et il nous semblait inhabituel qu’un service d’infrastructure comme le nôtre soit sollicité pour une telle intervention.

Peu après, la situation a dégénéré en ce que nous ne pouvions décrire autrement que comme des menaces directes.

AdGuard explique ensuite avoir contacté Archive.today, qui aurait retiré les contenus litigieux en seulement quelques heures. Elle ajoute :

Le contenu illégal a été rapidement retiré d’Archive.today après notre notification.

Les plaintes déposées contre le site sont extrêmement suspectes. Dans notre cas, elles provenaient d’une organisation récemment enregistrée, qui semble avoir été créée délibérément pour dissimuler l’identité de ses responsables.

L’exemple de plainte partagé par l’administrateur d’Archive.today présente des signes d’usurpation d’identité. Nous avons contacté la personne concernée et attendons sa réponse.

Dans notre cas comme dans l’autre exemple, les destinataires ont subi des pressions pour agir en vertu de la loi française LCEN. Or, cette même loi prévoit également des sanctions pour les fausses déclarations.

Nous estimons qu’il existe des indices de comportement criminel qui devraient faire l’objet d’une enquête. Par conséquent, nous allons déposer une plainte officielle auprès de la police française, en fournissant tous les détails pertinents.

Ces événements surviennent alors que le FBI enquête sur le propriétaire d’Archive.today. Il semblerait que cette enquête soit liée à l’hébergement de contenu pédopornographique. Bien que nous ne puissions confirmer aucun lien entre cette affaire et la nôtre, le timing est pour le moins suspect.

De son côté, l’association WAAD semble principalement exister à travers un site internet lacunaire. Elle ne met pas en avant l’identité de ses membres ni de son président ; elle n’a pas répondu à ma demande relative à l’existence d’actions physiques et semble principalement active sur Twitter.

Elle a répondu dans la journée avec la publication d’un « communiqué de presse » dénonçant ce qu’elle estime être des contradictions dans le billet de blog publié par AdGuard et déplorant un « doxxing » qu’elle subirait. Elle ajoute que « une plainte sera à l’étude contre Adguard et ses relais dans les prochaines semaines ».

Alors que la lutte légitime contre l’exploitation sexuelle des mineurs semble de plus en plus détournée comme prétexte pour justifier des atteintes à la vie privée en ligne, cette saga juridique à venir semble bienvenue.

Blocages de Tolbiac : la présidence de l’université hausse le ton

Alors que l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a été secouée par un scandale d’antisémitisme dans des groupes WhatsApp de licence il y a moins de 2 mois, la présidence de l’université menée par Cristine Neau-Leduc semble sur les nerfs.

Un email envoyé à l’ensemble des agents et usagers de l’université dans l’après-midi du 5 novembre 2025 annonce :

« Chères et chers collègues,
Chères étudiantes, chers étudiants,

Hier, un nouveau blocage du centre Pierre-Mendès-France a eu lieu. A la mi-journée, quelques dizaines d’étudiants ont empêché l’accès aux ascenseurs entravant dès lors le fonctionnement normal du site pour le reste de la journée. En conséquence, une fois encore, les enseignements prévus dans les étages du centre l’après-midi n’ont pas pu se tenir et l’activité générale sur place a été fortement perturbée.

Ce recours régulier aux blocages est intolérable et entraîne des conséquences pédagogiques désastreuses pour les étudiants tout autant qu’il dégrade les conditions de travail des personnels. Il induit également des risques significatifs en matière de sécurité des personnes et des biens.

Ces comportements s’inscrivent par ailleurs dans un contexte permanent de diffusion de fausses informations et d’accusations mensongères qui, s’il n’est pas étonnant vu l’évolution du débat public dans les sociétés occidentales, est particulièrement inquiétant dans une université, lieu par excellence du savoir et du débat éclairé. Nul doute que la communauté universitaire dans sa grande majorité sache faire la part des choses et restituer aux mots démocratie, liberté et répression leurs sens véritables.

Dans ce contexte, nous avons constaté hier plusieurs actes et comportements parfaitement inacceptables dans ce qui apparaît, au-delà de la lassitude et de l’épuisement qui nous saisissent toutes et tous devant cette situation, une aggravation insupportable.

Ainsi, hier, des étudiants ont tagué à de nombreuses reprises les murs du bâtiment. Hier, deux portes ont été fracturées. Plus grave encore, un agent de l’université a fait l’objet d’une menace de mort dans un tag. Un cap a été franchi. Une plainte auprès du procureur de la République est en cours de dépôt.

Pour légitimes que pourraient paraître les causes défendues, une mobilisation n’autorise pas tout et n’importe quoi et sûrement pas les menaces à l’encontre des personnels de l’établissement et les dégradations. Nous tenons d’ailleurs à réaffirmer sans aucune ambiguïté notre soutien à tous les personnels qui subissent de tels comportements inadmissibles et, de manière générale, un bouleversement trop répétitif de leurs conditions de travail.

Chacune et chacun a le droit d’étudier et de travailler dans de bonnes conditions et il est de notre responsabilité d’assurer le fonctionnement normal des sites. Depuis désormais de nombreux mois, et même plusieurs années, nous subissons des blocages à répétition menés souvent par un très faible nombre d’étudiants. L’université a toujours respecté les mobilisations. Elle accorde notamment systématiquement des amphithéâtres pour les assemblées générales dès lors que la demande en est formulée. Il a même parfois été toléré certains comportements excessifs, à la limite du supportable. Cela a d’ailleurs pu être reproché. Mais il s’agissait alors de tenter de conserver un équilibre qui semblait pouvoir être préservé, en dépit de son impact conséquent sur la communauté universitaire. La limite est désormais franchie. Le fonctionnement de l’université, la continuité du service public, notamment pédagogique, la sécurité des personnels et des étudiants sont désormais mis en péril. Épuisement des personnels, menaces de mort, dégradations, tout cela n’est plus supportable.

Les étudiants qui s’enferment dans une telle démarche de blocages à répétition feront désormais l’objet de poursuites disciplinaires systématiques et d’interdiction de campus. Les organisations qui soutiennent ou participent aux blocages et qui refusent de se conformer aux règles de fonctionnement de l’université se verront retirer leur reconnaissance. Une réunion d’échange en présence des organisations étudiantes représentatives a été organisée par le directeur général des services le 3 novembre dernier afin de rappeler expressément les règles applicables et même les ajuster au besoin. Elles ont été acceptées par les organisations étudiantes dans un échange constructif avec les participants qui doit être salué. Il peut d’ailleurs être regretté que certaines organisations aient fait le choix de ne pas y prendre part.

Il existe dans notre démocratie universitaire de nombreuses voies pour mener le débat et exprimer son désaccord. Le blocage, les menaces et les dégradations ne sauraient en faire partie. Chacune et chacun a le droit d’étudier et de travailler dans des conditions sereines et il est du devoir de l’université, de notre devoir collectif, de le garantir.

Christine Neau-Leduc,
Présidente de l’université »

S’attaquer aux blocages emblématiques de Tolbiac est une démarche risquée, les observateurs avertis sachant que la professeure Neau-Leduc perdra probablement ce match.

Certaines organisations étudiantes se questionnent par ailleurs sur les raisons ayant poussé la présidence à réagir. Dans un communiqué publié la veille, le Poing Levé Paris 1, syndicat d’extrême-gauche aux méthodes souvent douteuses, affirmait :

« Après le succès des journées de mobilisation pour la Palestine du 15 et 21 octobre, la présidence de Paris 1 a choisi de passer à l’offensive pour empêcher que les mobilisations se poursuivent. En effet, ce lundi la Direction Générale des Services (c’est à dire l’institution interne à Paris 1 qui gère pour la présidence les questions de « sécurité » notamment) a « invité » l’ensemble des élu·es étudiant·es à une réunion. […]

Cette « invitation » est une véritable tentative d’intimidation contre les organisations qui ont appelé aux journées de mobilisation pour la Palestine du 15 et 21 octobre dernier, et plus largement une tentative d’empêcher toute mobilisation étudiante contre le génocide et la colonisation en Palestine à Paris 1. En « invitant » de la sorte les organisations étudiantes, elle cherche à désinciter à la tenue de prochaines dates de mobilisation, de peur de voir se développer un véritable mouvement étudiant qui remette en question les fondements même de l’université sélective, austéritaire et complice du génocide que veut imposer le gouvernement. Après les coups de pression, les locks out, et le refus de laisser entrer des militant·es des flottilles dans l’université, la fac passe par les organisations étudiantes et de personnel·es pour tenter d’intimider les étudiant·es et personnel·les solidaires avec la Palestine. »

Tolbiac la rouge est-elle allée trop loin ? Affaire à suivre. 🍿

La descente aux enfers de Trainline Europe se poursuit

Capitaine Train se retourne dans sa tombe.

Presque 10 ans après le rachat en 2016 de Captain Train, ex Capitaine Train (devenu ensuite Trainline Europe) par l’entreprise britannique Trainline, ce qu’il reste de cette application continue à être allégrement détruit par la cupidité des actionnaires de cette dernière, aujourd’hui cotée en bourse.

Trainline avait pourtant déjà habitué les anciens fans de ce service de réservation de billets de train, qui n’hésitaient jamais à en faire l’apologie, à la déception. La disparition de l’application en 2020 avait fait beaucoup parler et la confiance avait disparu, empêchant l’entreprise de capitaliser sur les déboires de son concurrent direct.

En septembre 2025, Trainline connaît un nouveau bas : le service fait désormais la promotion, juste après de l’achat des billets de train, du service payant (à 21 euros par mois !) de cashback Webloyalty, reconnu largement comme étant un dark pattern. Un pop-up s’affiche en effet, promettant en gras « 16,87 € remboursés ».

Cette pratique est légale, mais le député Modem Philippe Latombe souligne qu’elle pourrait « s’apparenter à de l’hameçonnage » et rappelle que l’entreprise Webloyalty a été condamnée en Italie à 800 000 euros d’amende en 2014, l’autorité italienne de la concurrence considérant que 62 % des internautes ayant versé de l’argent à l’entreprise auraient souscrit à l’abonnement sans même s’en rendre compte.

La SNCF, sous le feu des critiques, avait mis fin à cette pratique fin 2023. Capitaine Train promettait de révolutionner l’achat en ligne de billets de train ; il y est parvenu, mais le Capitaine est aujourd’hui bel et bien mort.

La mairie de Paris ne devrait pas promouvoir le délit d’homicide routier sur ses espaces publicitaires

« J’ai décidé de faire la promotion d’une évolution législative douteuse ».

Le lobbying de certaines associations de victimes et de familles de victimes aura payé : la loi du 9 juillet 2025 crée deux délits d’homicide routier et de blessures routières, qui seront constitués en cas d’accident causé par un automobiliste à la suite d’une conduite délibérément à risque.

Cette réforme est éminemment regrettable à de nombreux égards :

Malheureusement, la ville de Paris a choisi de mettre en avant cette évolution juridique, en la présentant comme l’aboutissement du « combat de l’association Antoine Alléno », créée par les parents et le frère de ce jeune homme tristement tué à Paris à l’âge de 24 ans par un voleur de voiture ivre, qui aurait fait « bouger la loi ». Le législateur ne devrait pourtant jamais être mû par l’émotion, si légitime soit-elle.

À la Sorbonne, Jean-Christophe Camart choisit bêtement la répression

La démocratie universitaire mérite mieux.

Dans un courriel envoyé aux étudiants de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Christophe Camart annonce :

Chères toutes, chers tous,

Depuis deux jours le centre PMF fait à nouveau l’objet de blocages de la part d’étudiants. Ceux-ci empêchent les accès aux étages et perturbent le bon fonctionnement de l’établissement.
Ces blocages sont réalisés par une trentaine d’étudiants au maximum sans revendications claires, sans une quelconque volonté de dialogue, dans un mépris total de tout fonctionnement démocratique.
Ils sont parfaitement inacceptables.

Malgré la volonté et l’engagement total des équipes de PMF, nous ne sommes pas parvenus à obtenir la levée de ces blocage qui fatiguent, pénalisent et démoralisent nombre d’étudiants et de personnels de l’université.
Cela a assez duré. J’ai demandé à l’administration de convoquer les responsables en vue de possibles poursuites disciplinaires.
Des mesures conservatoires seront prises si nécessaire pour assurer le fonctionnement normal de l’université.

Je vous assure de mon engagement pour faire cesser le plus rapidement ces troubles et permettre à chacune et chacun de poursuivre les dernières semaines d’enseignement dans des conditions sereines afin de préparer au mieux la tenue des examens.

Cordialement,

Jean-Christophe Camart,
Administrateur provisoire

Quelle indignité de la part du cet administrateur provisoire, nommé en décembre 2024 après l’annulation des élections étudiantes de novembre 2024, et probablement soucieux de laisser sa trace avant son remplacement imminent !

Soyons clairs : les blocages répétés de Tolbiac (« campus Pierre Mendès France » ou simplement « PMF ») pour des motifs divers et souvent farfelus1 sont fatigants et doivent prendre fin. Pour cela, la présidence de l’université peut agir simplement : engager le dialogue et, en cas d’échec, faire entrer les forces de l’ordre qui disperseront la manifestation sous l’oeil attentif des caméras, de la loi et des tribunaux.

Malheureusement, ce n’est pas la voie choisie par M. Camart. Celui-ci a préféré recourir à l’action disciplinaire, qui n’a jamais brillé par son efficacité ni par sa légitimité ; certains étudiants auraient ainsi d’ores et déjà reçu des emails de convocation.

Le droit de manifester est fondamental, en plus d’être central dans l’histoire de notre université. Convoquer des étudiants mobilisés, pacifiques et n’ayant commis aucune dégradation auprès de la section disciplinaire ne fera que lui faire perdre en crédibilité, en plus d’ajouter de l’eau au moulin des syndicats étudiants appelant aux blocages. C’est une subversion honteuse des droits des étudiants.

  1. Le blocage d’aujourd’hui visait à obtenir la démission d’un professeur accusé de violences sexuelles mais ayant bénéficié d’un non-lieu auprès de la justice. Chacun se fera une idée de la pertinence de cette action… ↩︎

Non, vos vaisseaux sanguins mis bout à bout ne mesurent pas 100 000 kilomètres

Il est temps de mettre fin à ce mythe, qui date d’il y a plus d’un siècle.

Une idée reçue (très) communément admise, y compris par des organismes réputés comme l’Université de Genève, veut que si l’on mettait bout à bout les vaisseaux sanguins d’un être humain adulte, on obtiendrait une longueur de 90 000 à 100 000 kilomètres, soit plus de deux fois le tour complet de la Terre.

Cette estimation est issue d’un ouvrage publié en 1922 par le physiologiste danois August Krogh. Pour obtenir ce chiffre, celui-ci a fait des hypothèses erronées sur la densité capillaire. Il a également utilisé un corps hypothétique pesant 140 kg avec 50 kg de muscle pur, soit un physique irréaliste, pour obtenir le chiffre rond de 100 000 km.

En 2021, grâce à la connaissance de valeurs effectives de la masse musculaire et de la densité capillaire d’un adulte, une étude a mis en avant une valeur plus proche de la réalité : la longueur totale des vaisseaux sanguins d’un humain adulte est en réalité comprise entre 9 000 et 19 000 kilomètres.

Malheureusement, les centaines de milliers de documents reprenant cette fausse information et publiés dans les 100 dernières années ne seront pas corrigés, et celle-ci continuera probablement à se propager dans l’imaginaire collectif de plusieurs générations…

La Sorbonne s’obstine dans la réforme désastreuse de sa licence de droit

Voilà déjà plusieurs mois que je me retiens d’écrire cet article, en espérant naïvement que le bon sens finisse par triompher et que la direction de l’École de Droit de la Sorbonne (EDS) de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne revienne sur ses erreurs. Malheureusement, cette réforme a été votée et ses modalités d’application viennent d’être publiées en février 2025.

Voici les principales innovations de cette réforme, telles que retracées dans un article publié sur L’Étudiant.fr :

« La maquette de la licence de droit de la Sorbonne de Panthéon-Sorbonne sera réformée en octobre 2025. Les cours seront désormais condensés en deux ans et demi.

Afin de conserver l’ensemble des enseignements et matières du programme actuel, les deux premières années de licence comporteront 14 semaines de cours par semestre, contre 12 actuellement. Le nombre d’examens semestriels sera par ailleurs réduit, au profit d’examens annuels sur les matières fondamentales.

Le dernier semestre de la licence sera ainsi libéré pour permettre aux étudiants « d’enrichir leur formation et de mûrir leur projet ».

L’étudiant pourra choisir entre quatre options : un projet professionnel (stage ou autre activité professionnelle pendant 4 à 6 mois) ; un séjour d’études d’un semestre dans une université étrangère ; un mémoire de recherche juridique accompagné de séminaires ; ou bien un projet personnel alternatif validé par l’université (engagement citoyen, activité bénévole à temps plein ou semestre de formation dans une autre discipline) ».

Soyons clairs : l’objectif poursuivi est louable, et une réforme périodique de la maquette de la licence est nécessaire pour s’adapter aux évolutions du droit. Toutefois, cette réforme suscite de vives inquiétudes à plusieurs aspects.

Tout d’abord, la communication de l’EDS vis-à-vis des étudiants en 1ère année de licence a été déplorable – voire franchement irrespectueuse. Alors que la réforme avait été votée depuis plusieurs mois, la direction a conservé un flou autour de ses modalités d’application précises jusqu’en février 2025. Alors que certains étudiants interrogés expliquent envisager d’abandonner leurs études de droit en conséquence, l’EDS a laissé passer la date de formulation des voeux sur Parcoursup, empêchant ainsi ces étudiants de prévoir une réorientation en connaissance de cause.

Sur le fond, tous les étudiants en droit savent que trouver un stage avant le master relève du miracle, d’autant plus sur 6 mois et en compétition avec une promotion entière de 700 étudiants ; l’EDS rappelle d’ailleurs cyniquement que « la recherche d’un stage reste de la responsabilité première de l’étudiant ». Cette réforme ne fera donc que renforcer la reproduction sociale, déjà très présente dans les études de droit : les étudiants disposant du réseau adapté n’auront pas de difficultés à trouver un stage, tandis que la situation sera bien plus difficile pour le reste de leurs camarades.

Il en est de même pour les stages à l’étranger, la sélection pour un échange au 6ème semestre de licence étant déjà rude avant l’entrée en vigueur de la réforme. Les capacités d’accueil ne suivront pas, comme le reconnaît à demi-mot l’EDS1.

En pratique, la grande majorité des étudiants se tourneront donc vers le « projet de recherche juridique », composé de la rédaction d’un « mémoire »2 et de séminaires de recherche et d’approfondissement de leurs acquis. L’objectif de ce mémoire est « d’aborder, grâce à une réflexion personnelle, une question de droit débattue en doctrine ou d’actualité juridique et d’approfondir des notions juridiques, des jurisprudences, des évolutions du droit… » avec l’appui d’un « directeur de recherche ».

Je suis convaincu que deux ans et demi d’études ne suffisent pas à atteindre le niveau de connaissances et d’abstraction nécessaires pour rédiger un mémoire de bonne qualité qui soit utile ou innovant. De plus, en raison du nombre d’étudiants concernés, il y a fort à parier que l’accompagnement du « directeur de recherche » se révèle limité voire inexistant s’il s’agit de professeurs. La situation ne sera guère meilleure si l’université décide de donner ce rôle à des chargés de TD, qui n’auront pas non plus le temps d’accompagner une vingtaine d’étudiants dans ce travail exigeant de recherche.

Enfin, l’annualisation des matières fondamentales des 2 premières années de licence (droit constitutionnel, privé, administratif, de la famille et des obligations), c’est-à-dire la suppression des partiels de janvier au profit du contrôle continu et d’un partiel unique en mai, est profondément préoccupante. La charge de travail conséquente qui pèsera en conséquence sur les étudiants lors des partiels de fin d’année ne mènera à rien de bon, et je suis prêt à parier que cela aura un effet négatif sur le niveau des étudiants (et, in fine, du diplôme…).

La force des études dans une université exigeante telle que la Sorbonne réside notamment dans les partiels. Là où l’évaluation en contrôle continu repose largement sur l’appréciation personnelle du chargé de TD (j’ai déjà constaté des différences de notes allant du simple au double entre des groupes de TD autrement identiques), les partiels offrent à tous la chance de valider leurs acquis dans des conditions relativement égales et nous rapprochent d’un idéal de méritocratie3 . Cette réforme abandonne ces acquis, au profit de plus de sélection et de compétition entre les étudiants.

Étant moi-même un étudiant en droit qui a récemment acquis ma licence de droit à l’EDS, j’espère sincèrement me tromper en écrivant ces mots. J’espère que cette réforme élèvera les étudiants de cette belle université et leur sera bénéfique. Mais, honnêtement, ça semble mal parti.

  1. La communication de la direction se veut rassurante, expliquant que « Les possibilités de mobilité sont vastes sur tous les continents. Toutefois, lorsque la mobilité s’inscrit dans le cadre d’un partenariat, le nombre d’étudiant(e)s susceptibles d’être accueilli est défini par chaque convention de partenariat et varie d’une université à l’autre. Une commission de répartition gérera au mieux l’ensemble des demandes. » ↩︎
  2. La direction de l’EDS elle-même place ces guillemets dans sa présentation, c’est dire à quel point elle y croit ! ↩︎
  3. Si tant est qu’il soit souhaitable de poursuivre un tel idéal, mais c’est un autre débat, qui mérite mieux qu’une note de bas de page. ↩︎