Dans un billet de blog publié le 13 novembre 2025, le service de blocage de publicités et de protection de la vie privée AdGuard dénonce les agissements de la Web Abuse Association Defense (WAAD), une association loi 1901 établie en France.
Le service basé à Chypre affirme que :
Il y a quelques semaines, nous avons été contactés par un représentant de l’association Web Abuse Defense, un groupe français qui se dit engagé dans la lutte contre la pédopornographie. Leur site web est webabusedefense.com.
Ils ont exigé que nous bloquions le domaine archive.today (et ses miroirs) dans AdGuard DNS, prétendant que l’administrateur du site refusait de supprimer du contenu illégal depuis 2023. Précisons qu’Archive.today permet aux utilisateurs de prendre des « captures d’écran » de n’importe quelle page web, y compris celles contenant du contenu potentiellement illégal. Dans ce cas, il incombe à l’administrateur du site de répondre aux signalements et de supprimer rapidement ce contenu.
Cela nous a paru étrange : nous ne sommes pas un fournisseur d’hébergement, et il nous semblait inhabituel qu’un service d’infrastructure comme le nôtre soit sollicité pour une telle intervention.
Peu après, la situation a dégénéré en ce que nous ne pouvions décrire autrement que comme des menaces directes.
AdGuard explique ensuite avoir contacté Archive.today, qui aurait retiré les contenus litigieux en seulement quelques heures. Elle ajoute :
Le contenu illégal a été rapidement retiré d’Archive.today après notre notification.
Les plaintes déposées contre le site sont extrêmement suspectes. Dans notre cas, elles provenaient d’une organisation récemment enregistrée, qui semble avoir été créée délibérément pour dissimuler l’identité de ses responsables.
L’exemple de plainte partagé par l’administrateur d’Archive.today présente des signes d’usurpation d’identité. Nous avons contacté la personne concernée et attendons sa réponse.
Dans notre cas comme dans l’autre exemple, les destinataires ont subi des pressions pour agir en vertu de la loi française LCEN. Or, cette même loi prévoit également des sanctions pour les fausses déclarations.
Nous estimons qu’il existe des indices de comportement criminel qui devraient faire l’objet d’une enquête. Par conséquent, nous allons déposer une plainte officielle auprès de la police française, en fournissant tous les détails pertinents.
Ces événements surviennent alors que le FBI enquête sur le propriétaire d’Archive.today. Il semblerait que cette enquête soit liée à l’hébergement de contenu pédopornographique. Bien que nous ne puissions confirmer aucun lien entre cette affaire et la nôtre, le timing est pour le moins suspect.
De son côté, l’association WAAD semble principalement exister à travers un site internet lacunaire. Elle ne met pas en avant l’identité de ses membres ni de son président ; elle n’a pas répondu à ma demande relative à l’existence d’actions physiques et semble principalement active sur Twitter.
Elle a répondu dans la journée avec la publication d’un « communiqué de presse » dénonçant ce qu’elle estime être des contradictions dans le billet de blog publié par AdGuard et déplorant un « doxxing » qu’elle subirait. Elle ajoute que « une plainte sera à l’étude contre Adguard et ses relais dans les prochaines semaines ».
Alors que la lutte légitime contre l’exploitation sexuelle des mineurs semble de plus en plus détournée comme prétexte pour justifier des atteintes à la vie privée en ligne, cette saga juridique à venir semble bienvenue.