Il y a une chose qui me terrifie de manière probablement irrationnelle : l’exposition au plomb. Je pense que cette peur est née après avoir regardé des documentaires sur la crise sanitaire de Flint aux États-Unis. Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez effrayant de se dire qu’il est possible de voir en quelques mois sa vie détruite par un contaminant invisible présent dans son eau potable.
Ce métal utilisé depuis des siècles est un polluant toxique pour l’ensemble de la population et est encore très répandu dans l’environnement. Son utilisation a diminué et a été réglementée à partir du 20ème siècle en raison de sa toxicité, mais la contamination reste possible par l’air, l’eau, les sols, la peinture…
Le bilan est extrêmement lourd : une étude publiée en 2023 par la Banque mondiale estime le coût de l’exposition au plomb à 5 millions de morts par an et 6 000 milliards de dollars pour la seule année 2019, soit 7 % du PIB mondial. Ce coût extrêmement élevé s’explique notamment par la lourde perte de quotient intellectuel chez les jeunes enfants exposés, qui entraîne ensuite l’ensemble de la société vers le bas (de très nombreuses études ont par exemple été menées sur la corrélation entre exposition au plomb et criminalité).
Il n’y a donc pas de quoi se réjouir, mais je tenais à rappeler tout de même que nous sommes sur le bon chemin : dans les pays développés, l’exposition au plomb a chuté dramatiquement depuis le milieu du 20ème siècle.
Voici par exemple un graphique pour les États-Unis :

En France, le rapport du programme national de biosurveillance Esteban, mené de 2014 à 2016, souligne que « depuis l’interdiction [du carburant plombé] en France métropolitaine, le 2 janvier 2000, une baisse de 97 % des émissions de plomb dans l’air a été observée entre 1990 et 2016 » et que, « au niveau européen, une diminution de 85 % de la concentration en plomb dans l’air a été observée au cours des deux dernières décennies ».
« L’étude Esteban a montré une diminution de l’imprégnation par le plomb des enfants et des adultes en population générale […] Les niveaux de plombémie mesurés dans le sang total veineux s’inscrivaient ainsi dans la tendance à la baisse de l’imprégnation saturnine, constatée en France et en Europe depuis les années 1990, suite notamment à l’interdiction de l’essence plombée, la diminution des concentrations en plomb des aliments, le traitement des eaux de distribution publique pour limiter sa teneur en plomb, le remplacement des canalisations et branchement en plomb et la réhabilitation de l’habitat ancien ».
La surveillance de la plombémie reste un enjeu de santé publique, notamment dans les pays à bas et moyens revenus, mais je tenais à partager ces progrès très encourageants.